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Les DCP enfin sous Media Encoder : « Oui mais » ou pas « Oui Mais »?

Vous n’êtes peut-être pas sans savoir qu’Adobe a mis à disposition il y a quelques jours la version 2014 de la Creative Cloud. Première mise à jour majeure depuis le passage à l’abonnement. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est plus qu’appréciable de pouvoir effectuer ces mises à jour sans surplus financier, même si je reste toujours très critique face au tout dématérialisé.

Je ne m’arrêterais pas sur toutes les nouveautés présentées dans la suite, ça n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Je tiens juste avant de commencer à vous mettre en garde lors de l’installation ; Adobe installe les versions CC2014 EN PLUS des versions déjà existantes. Ce qui double votre nombre d’applications Adobe et donc conséquemment réduit votre espace de stockage sur votre ordinateur. La sagesse exige d’attendre encore un tout petit peu avant de désinstaller les vieilles versions, puisque la compatibilité de votre projet entre les deux versions n’est peut-être pas encore fiable à 100%. Prudence donc.

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Au milieu de toutes ces nouveautés à parcourir, donc, il y en avait une dont j’attendais l’arrivée avec impatience depuis des mois : la création de Digital Cinema Package sous Adobe Media Encoder.

Le Digital Cinema Package c’est quoi? Et bien c’est tout simplement la copie numérique d’un film pour sa projection en salle. En résumé, c’est l’équivalent de la bobine de film dans les cinémas équipés de projecteur numérique. Un DCP se présente sous la forme d’un Disque Dur ou d’une clef USB selon la durée du film (et donc la taille des fichiers), et contient plusieurs fichiers qui seront transférés sur le serveur du cinéma vous diffusant.

Depuis des années des solutions existent pour créer son DCP soi-même gratuitement. Beaucoup sont tenté de le cuisiner à la maison, car le coût des DCP professionnels peuvent rebuter grandement ceux qui n’ont déjà pas pu mettre beaucoup dans leur film. La documentation sur Internet pour créer son DCP n’est pas plus abondante qu’un autre sujet mais elle existe, et nécessite souvent des connaissances techniques certaines pour en maîtriser toutes les subtilités. Rares sont ceux qui en maîtrisent les rouages dès le premier coup.

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Or, la philosophie de la création du DCP adoptée sous Media Encoder, c’est la solution rêvée. « Mets moi le master de ton film, le logiciel s’occupe du reste. Et à la sortie, à toi le cinéma! » Voilà Voilà. Et force est d’admettre que la promesse est plutôt tenue.

Adobe a racheté il y a un certain temps de cela les solutions QuVIS, qui proposaient alors les sorties DCP depuis Final Cut Pro 7. En l’intégrant dans Media Encoder, c’est proposer la création de DCP de manière aussi simple que d’encoder un H264. Voyez-vous même, l’interface est simplissime ! En tout et pour tout, vous n’aurez qu’à définir votre résolution (Flat, Scope, ou Plein) et votre type d’audio, et roulez jeunesse.

 

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Est-ce la fin donc des laboratoires DCP? Pas vraiment (voire pas du tout). Car Adobe a eu l’intelligence de contenter à la fois les indépendants et les professionnels du secteur en bridant de manière assez importante cette fonction. Vous n’aurez ainsi que la possibilité de sortir votre film en 2K (ce qui peut-être un peu frustrant si vous avez tourné en 4K) à une fréquence fixe de 24 images par secondes, le tout sans possibilité d’inclure des sous-titres à votre métrage, ni d’effectuer plusieurs compositions et encore moins de le protéger par une clef de cryptage pour éviter que l’on ne vous pirate votre oeuvre.

Pour certains, les fonctions proposées seront amplement suffisantes, ou tout du moins contentantes. Mais, et vous trouverez peut-être ça un peu tatillon, mais pour d’autres, Encoder ne se situera pas du tout dans une bonne optique de production. Le passage d’un film tourné en 25 voire 30 images par secondes à 24 n’est pas sans conséquences. Par exemple sur la gestion de vos ralentis ou de votre audio. Et le fait de devoir incruster vos sous-titres pour les incorporer à votre DCP n’est peut-être pas quelque chose que vous ferez de bon coeur.

Outre ces problèmes « de base » , la création du DCP sous Encoder est totalement opaque. Un fichier au départ = un DCP à la fin. Les étapes intermédiaires sont placées sous votre confiance aveugle. Or c’est justement là que se situe toute la subtilité de la création des DCP. Dans la garantie de la colorimétrie de votre film, dans les jeux de compression d’images face au contenu de celles-ci, par exemple. La qualité de l’encodage JPEG2000 importe aussi et est spécifique à chaque solution (celle d’OpenDCP par exemple est catastrophique en terme de temps de rendus et de rendu de la colorimétrie) Or la problématique majeure est que vous ne pourrez vérifier la bonne conformité de votre DCP avant de ne l’avoir vu en salle… C’est bien le problème actuel : il n’existe aucun lecteur DCP gratuit. Apparemment une petite équipe bosserait sur une solution avec VLC, mais le tout n’est pour le moment, pas aboutie, et donc pas fiable.

Vous vous retrouverez donc avec un fichier théoriquement exploitable en salle. Et c’est là où le véritable problème se pose. Le métier de DCP Maker exige une connaissance accrue du parc des couples serveurs / projecteurs ainsi que de leurs dernières évolutions. Car les serveurs de projections réagissent tous différemment aux DCP et sont plus ou moins « exigeants » selon les modèles, ils acceptent certaines normes, d’autres non. Bref, créer un DCP, c’est avant tout pouvoir jauger les besoins de diffusion et proposer un type de Package qui couvrira l’ensemble de ces besoins tout en garantissant une projection fidèle à votre film. Si votre projection est unique, il y a de fortes chances qu’un DCP Maker appellera la salle de projection pour connaître le modèle de leur serveur et saura ainsi quelle norme utiliser.

Les DCP créés par Encoder sont donc calqués sur un modèle unique de DCP (et donc une seule norme), qui n’est pas lisible sur l’ensemble des projecteurs. Et en cas de problème face à un potentiel refus de votre salle de projection, il faudra sérieusement mettre les mains dans le cambouis pour isoler le problème (et probablement beaucoup de lecture sur les forums). QuVis propose une version plus complète de son plug-in pour Media Encoder, qui lui se chiffre à 700$ et propose aussi un Lecteur DCP pour ouvrir vos DCP sous Mac. Lecteur vendu pour 700$ ou par système d’abonnement (60$ le mois, 360$ l’année.).

 

Maintenant que je vous ai bien cassé votre rêve en écrivant cet article, tout en sirotant la première bière de l’été sur mon balcon ensoleillé : faut-il conclure que l’outil DCP de Media Encoder est (pour le dire de manière vulgaire) « nul » ? Non évidemment. Il offre la création de DCP de base avec un encodage rapide et performant. Et ça c’est déjà appréciable. La passerelle entre votre montage depuis Première et la création du DCP en est largement simplifiée grâce au Dynamic Link. Il semble aussi que la colorimétrie soit assez bien préservée, même si je me réserve quelques tests encore pour en être bien sûr. Dans l’optique d’une diffusion unique d’une vos créations, l’outil peut donc se révéler être la solution idéale, bien qu’elle nécessitera de sérieux dialogues avec votre salle de diffusion pour ne pas avoir de mauvaises surprises le jour J.

 

Et surtout, grand kiff du grand kiff, l’arrivée de cet outil vous donne l’occasion rêvée de créer vous même votre DCP de l’épisode 9 de la saison 3 de Game Of Thrones, pour enfin aller en profiter au cinéma. En cotisant à plusieurs, le prix de location de la salle devrait devenir très intéressant (testé et approuvé par Le Laboscope).

Sur ce les copains, je vais m’extirper de ce balcon pour aller chercher une seconde bière… l’été commence bien tiens.

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6 Comments »

  1. Et quand tu reviendra avec ta bière, peux-tu nous dire 2 mots au sujet du son (oui, parce que l’image, la colorimétrie, tout ça c’est bien joli, mais pour gérer le mix en dB Leq, on fait comment ?)

  2. Tu vois le panneau des réglages audio?
    Ben voilà. La réponse est dedans : On ne peut pas. (fanfares et trompettes)

    De toutes manières en règles générales, la normalisation des niveaux audios pour le DCP c’est quand même mieux si c’est fait en amont par le mixeur. C’est justement un peu le soucis de Media Encoder pour les DCP, dès qu’il va falloir coller à des normes précises, les outils ne sont pas donnés nativement. Mais même sur des outils payants, la normalisation des niveaux audio est rarement donnée.

  3. Oui, ma remarque couvrait en fait l’ensemble des solutions DCP Prosumers en fait : on est toujours dans l’approximation Audio…

  4. Et bien c’est à dire que les normes données pour le cinéma sont -20dbfs ou 85dbleq(m) si je ne me trompe pas. D’où la nécessité d’en toucher un mot au mixeur avant envoi du mix pour le DCP.

  5. Oui… disons que pour le Leq, si t’as pas un auditorium en 5.1, t’as juste aucun moyen de vérifier (un peu comme le DCP si t’as pas un projecteur Ad Hoc)… c’est presque là la vraie difficulté : pour l’instant, tu peux faire du DCP discount, mais t’as juste aucun moyen de le vérifier !

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