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[NAB 2014 – Chapitre 03] URSA, la caméra haut de gamme de Blackmagic.

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La nuit est passée et Vegas s’éveille. Aujourd’hui le salon ouvre ses portes. Nous avons longés hier le convention center, je n’ose même pas imaginer la superficie de cet espace d’exposition. Probablement quelques kilomètres carrés. À Vegas, tout semble démesuré. Pour mon petit oeil de français cambroussard, voir surgir ces immenses hôtels au beau milieu du désert a quelque chose d’assez incongru. Mais rentrer dans la ville est une expérience encore plus spectaculaire, la pyramide du Louxor côtoie les donjons médiévaux de l’Excalibur. La Tour Eiffel fait face au Chrysler building, les fontaines du Bellagio crachent des jets d’eaux de plusieurs dizaines de mètres de haut. Tout est fait pour épater la galerie. Tout est grand. Si ce qu’on dit sur la compensation est vrai, alors à voir les voitures américaines, les épouses américaines doivent rêver d’autres horizons.

Au NAB, il y a une société qui veut chaque année taper très fort. On ne la présente plus c’est Blackmagic. Il y a deux ans, ils présentaient la Blackmagic Cinema Camera une caméra RAW assez intéressante malgré quelques petits faux pas. Il y a un an, alors que la Blackmagic Cinema Camera peinait à être livrée suite à de nombreux défauts de conceptions mis alors sur le compte de la jeunesse, on découvrait la caméra RAW la plus compacte du monde : La Blackmagic Pocket Cinema Camera. Au format d’un iPhone, avec capteur Super 16, voilà l’enregistrement Full-HD en RAW sur carte SD. À ses côtés, une version 4K de la Blackmagic Cinema Camera : la Blackmagic Production Camera. Ca a un peu grincé des dents du côté des acheteurs toujours non livrés de la Cinema Camera (dont je faisais partie) qui se sont vu reporter leur commande et donc leur délai d’attente sur le modèle 4K. Coup de malchance, alors que la disponibilité de la 4K était prévue pour juillet, la caméra sera livrée qu’à partir du mois de mars 2014.

Même si la stratégie de Blackmagic est décomplexément cynique, je trouve que la gamme de caméra était cohérente jusqu’ici. 3 produits simplifiés pour pousser les utilisateurs à découvrir Resolve, avec chacun une catégorie d’utilisateurs bien précise . Une pocket pour les baroudeurs, une 2,5K plutôt orientée fictions indépendantes, et une 4K plutôt orientée production sur plateau. Pour moi, la troisième année au NAB est surtout l’occasion pour Blackmagic de peaufiner ses caméras : proposer une monture active de la MFT 2,5K, dévoiler un nouveau firmware permettant de formater sa carte au sein du boîtier, éventuellement une version 2 des caméras dotées de prises XLR et d’une batterie à l’autonomie étendue. J’imagine mal, après tous les déboires que connaît la société pour livrer ses caméras, la voir sortir une nouvelle caméra.

Force est de constater en regardant les nouvelles au réveil que c’est pourtant le cas. Ce sont 2 nouvelles caméras qui font leur apparition encore cette année. Je passe un long moment dans la douche à l’italienne pour m’assurer que je ne rêve pas, mais les articles s’alignent et même si l’enthousiasme n’est plus le même que les deux premières années, il faut se rendre à l’évidence : Blackmagic continue de générer de l’intérêt quoiqu’il arrive.

Sur le salon, c’est un peu moins évident. Les commentaires acerbes sur Blackmagic sont quotidiens. C’est curieusement sur les stands des constructeurs de caméras concurrents que les critiques sont absentes. On se contente d’un haussement d’épaule quand le nom est évoqué. Blackmagic semble avoir une position à part. Pas constructeur de caméras, mais plus seulement équipementier. C’est une sorte d’outsider qui arrive à séduire par l’originalité de ses produits, mais qui joue d’un cercle très vicieux. Sur le « booth » – puisque c’est comme ça qu’on dit – un « consumer » – on dit ça aussi comme ça – me dit :

« J’ai acheté la 2,5K MFT, puis ils ont sortis la 4K. J’étais énervé parce que je n’avais pas encore reçu ma 2,5K. J’ai annulé ma commande et commandé une 4K. Maintenant j’attends la 4K et ils sortent une nouvelle caméra. Bien sûr je suis en colère, mais quand je vois la nouvelle, je sais que je vais la commander, elle est beaucoup plus travaillée. Alors ça m’énerve encore plus de savoir que malgré mon agacement, je vais l’acheter, et risquer de ne pas l’avoir avant l’année prochaine. Mais quoi? Ca veut dire que je devrais me priver d’une caméra à ce prix là? Peut-être? Jamais. Ces gars là ont tout compris. »

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Le stand de Blackmagic est à un endroit stratégique. Exclu du hall central où se côtoient Sony, Panasonic, Canon, Fuji et d’autres, il est dans le Hall Nord, avec les équipementiers de post-production dont AJA, et RED. Pile poil devant l’entrée principale, ses tons chauds et lumineux tranchent radicalement avec l’ensemble des autres stands plongés dans des tons bleus et sombres. Impossible de ne pas avoir l’oeil attiré, et de ne pas y voir là une lumière à papillons. À en croire le stand noir de monde, la métaphore ne doit pas être loin d’être fausse… Il nous faudra 3 jours pour nous frayer un chemin vers les 2 nouveaux modèles de caméras Blackmagic.

La première, c’est l’URSA. Me concernant, autant le dire tout de suite, ni le nom, ni le design ne me plaisent. Bon c’est comme ça, mais on ne va pas épiloguer dessus. C’est, pour reprendre les mots de Blackmagic, une  « véritable camera 4K taillée pour le cinéma numérique ». Disposant d’un capteur Super 35 4K à shutter global et de 12 diaph de dynamique, elle ne permettra cependant que de produire une image Ultra-HD – et non 4K DCI – en RAW 12 bit ou en ProRes. L’ensemble est présenté pour être ultra-silencieux même à de hautes cadences d’images dans un corps caméra résistant.

La particularité de la caméra est de proposer 4 capteurs et montures interchangeables. Ainsi on pourra compter sur une version EF 4K Super 35, une version PL 4K Super 35, mais aussi une version dotée d’un petit capteur 13,056mm x 7,344mm (soit un peu plus grand qu’un Super 16) à monture B4, avec alimentation pour optiques ENG et filtres Neutres de Densité Intégré (HALLELUJAH!). Enfin la caméra peut servir d’enregistreur externe : une version HDMI permet de récupérer la sortie HDMI de n’importe quelle caméra permettant de sortir un flux 4K en HDMI, de la fixer sur un support et de l’encoder en ProRes avec un monitoring accentué. À en voir le pauvre Canon 5D fixé sur la tourelle avant d’un modèle de démo; le tout promet des sourcils étonnés sur les plateaux de tournage dans le futur.

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La caméra enregistre sur des cartes CFast 2.0 jusqu’à 350Mb/s, avec deux logements pour éviter les coupures lors des enregistrements. Elle possède un retour moniteur de 10 pouces Full-HD, ainsi que 2 écrans annexes tactiles de 5 pouces affichant la plupart des informations nécessaires à un monitoring accru. Le monitoring audio est aussi de la partie puisque un vu-mètre stéréo équipe la caméra avec possibilité de réglage des niveaux directement sur le corps de la caméra. L’affichage des instruments de contrôles colorimétrie comme des histogrammes ou des vecteurscopes est aussi prévu.

La caméra est dotée de nombreuses connexions standard comme pas moins de 6 prises SDI (dont 2 version 12G) permettant d’acheminer un flux vers un enregistreur, ou vers un moniteur, mais aussi la synchronisation timecode entre les caméras. Deux prises XLR équipent le boîtier de la caméra. Ce dernier peut jouir d’une alimentation externe via un XLR 4 broches 12V-30V, ce qui le rend compatible avec l’ensemble des batteries externes présentes sur le marché. À noter que l’arrière de la caméra est conçu pour accueillir des batteries V-Mount ou Anton Bauer de divers constructeurs.

Doté d’une ergonomie de caméra épaule, la caméra embarque aussi des logements pour les rails, ainsi que de nombreux pas de vis, ce qui devrait permettre d’adapter une pléthore d’accessoires sur la caméra.

SI les modèles EF et PL de la caméra devraient être disponibles en juillet (souvenons nous de la Production Caméra 4K disponible en juillet dernier…), les URSA Broadcast et HDMI ne sont quant à elles pas datées. Il faudra compter 5995$ pour l’URSA EF, 6495$ pour la version PL, le prix des deux dernières caméras n’est pas non plus connu.

À l’essai, la caméra fait un peu toc. Comme un gros jouet pour gamin attardé. Le genre de bloc machine sorti d’un film de SF. Et pourtant quand on réfléchit, on ne peut nier que les ingénieurs chez Blackmagic ont réfléchi à l’ergonomie du produit. Tout est fait dirait-on pour désengorger le trafic autour du corps caméra. L’ensemble des connectiques et là et facilement accessible. Deux écrans tactiles permettent à la caméra d’être à la fois une caméra opérateur et assistant-opérateur. Les énormes vu-mètres (une première) permettent à l’ingénieur du son de contrôler de loin ses niveaux, et les gros potentiomètres, de les régler rapidement. L’écran de retour de 10 pouces, gigantesque, évitera la valse du directeur photo, du chef opérateur, du cadreur et du réalisateur dans l’oeilleton de la caméra. Dommage que cet écran ne soit pas orientable à 360°, il aurait pu être rabattu sur le côté de la caméra pour servir de moniteur, ou être renversé pour montrer le cadre à une personne devant la caméra.

À dire vrai, cela semble être le seul intérêt réel de la caméra. Car dans les faits, il s’agit d’une caméra épaule (à l’équilibre de visu perfectible), à monture interchangeable (Red offre un système beaucoup plus polyvalent et astucieux), qui enregistre en 4K (normal. Pas en 4K DCI -> moins normal), sur carte CF (un combo SSD – CF aurait été un peu plus intelligent), 12 petits diaph, (moins que la Cinema Camera!), Raw ou Apple ProRes 4:2:2 HQ (non? Le 4:4:4 jamais?) avec un gigantesque écran (effectivement ça c’est moins banal).

Cet écran, il me fait soudain penser à Vegas. Il est trop grand. Même si son utilité est allègrement discuté sur le salon (elle est incontestable, se retrouver devant procure un confort sans précédent), je songe à ce petit plaisir que j’ai en tant que réalisateur de coller mon oeil dans l’oeilleton de la caméra. Il y a alors une relation de proximité entre mon sujet, la caméra, moi, quelque chose d’un peu physique et poétique, que cette caméra a dû mal à me rendre.

Dans ma quête de la caméra parfaite, qui a conduit à l’ouverture de ce blog, j’étais loin de me douter qu’un jour mon intérêt pour une caméra se jouerait au fait que je puisse coller mon oeil dans un viseur ou non. Pendant un an, j’ai attendu ma Production Camera, après avoir attendu la 2,5K. À force d’attendre pour tester les caméras, on finit par se recentrer. Choisir une caméra ; est-ce vraiment une question de meilleur rapport technologies / prix (car on ne peut pas contester que pour ce prix, l’offre de Blackmagic est sinon intéressante, au moins cohérente)? Ou bien est-ce trouver celle que l’on pourra traîner de longues années parce qu’elle a ce petit quelque chose d’irrationnel qui fait que l’on aura toujours du mal à s’en séparer?

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