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[Prise en main] Echange de regards méfiants avec la BlackMagic Cinéma Caméra

Tout d’abord croisé à ma grande surprise au Salon de la Photo 2012 au détour d’un stand, puis au SATIS, c’est grâce à Video Plus, que j’ai pu mettre la main sur la tant attendue Blackmagic Cinema Camera. Sur les salons, il est amusant de noter que le boîtier attire tous les regards. Les gens s’arrêtent et demandent : « Excusez-moi. Mais qu’est ce que c’est? » Y compris sur le SATIS où l’on pourrait s’attendre à ce que l’intégralité du monde audiovisuel ait entendue parler de ce petit joujou dont la principale caractéristique est de filmer en 2,5K en RAW pour environ 3000€.

J’étais donc, au même titre que les autres fasciné par ce « bloc » de magnésium; tiraillé entre engouement et défiance. Déjà sur le papier, certaines choses ne me semblaient pas acceptable. Une caméra étant comme un vêtement, l’essayer est le meilleur moyen de s’en faire une idée. En voici mes premières notes sur une monture EF, avec un objectif EF 16-35mm f/2,8 L II IS USM. Comme d’habitude, le travail des rushes n’est pas compris dans la formule midi. Cela devrait se faire aux environs de la fin Novembre.

La première caractéristique de la Backmagic, c’est d’être presque entièrement dépourvue de boutons. C’est pour ça que je parle de bloc. Pour moi qui suit adepte des molettes et des roues crantées, cette absence me posait quelque peu problème. Deux boutons sur les côtés « IRIS » et « FOCUS », ainsi qu’une rangée de 7 boutons sur le bas de la face arrière.

Premier point positif, la caméra s’allume très vite et est disponible à l’emploi de manière quasi-immédiate. Le large écran LCD tactile est brillant, donc parfois pénible en pleine lumière, s’accompagne d’un pare-soleil fourni avec la caméra, ce qui réduit considérablement le problème précédemment cité. Son avantage est d’être assez large donc de proposer une vision confortable de la scène en train d’être filmée. En revanche il n’est pas articulable et donc dans des angles de vue un peu prononcés (à bout de bras en hauteur par exemple), la visibilité est un peu réduite.

L’interface de réglage est accessible sur cet écran via le bouton « Menu ». Dans cette interface toute tactile, les boutons ne sont pas trop petits et parfaitement réactifs, la navigation est donc assez agréable. Mais c’est sans doute ce qui surprend le plus : le peu de paramètres proposés. Découpés en 4 sections « Réglages de la caméra », « réglages audio », réglages de capture » et « réglages de l’écran LCD », il n’y a au final que le strict minimum. Et le peu de choix proposé dans les valeurs, que ce soit pour les ISO, ou la balance de blancs laisse songeur. Impossible donc de tourner en une valeur précise d’ISO ou de faire une balance des blancs personnalisée. Il faudra choisir dans des valeurs prédéfinies. Embêtant? Finalement pas tellement. Le choix de Blackmagic a été de proposer que des valeurs ISO natives pour ne pas aller dans des valeurs intermédiaires qui desservirait la qualité de l’image. Concernant la balance des blancs, l’utilisation du RAW implique un étalonnage par la suite, donc une nouvelle balance des blancs, ce qui limite finalement l’intérêt de refaire une balance personnalisée à chaque plan. En revanche, un ingénieur de Blackmagic rencontré sur le Satis me confiait quand je lui parlais de cette « curiosité » que lors de l’utilisation du ProRes, cela pouvait s’avérer effectivement légèrement plus handicapant, mais pas non plus significatif.

Concernant la vitesse de l’obturateur, il faudra réviser ses bouquins de technique puisque les valeurs proposées ne sont exprimées qu’en degrés (« Shutter Angle ») et que son utilisation nécessitera une conversion et donc un peu de calcul mental. On n’a pas de global Shutter, c’est un petit regret.

La simplicité des réglages de la caméra est vraiment très déroutante. On a l’impression d’être bridé dans son utilisation, d’appliquer des paramètres pré-définis. Pourtant, je n’ai pas trouvé un seul réglage qui ne soit pas disponible de manière simple et intuitive, et qui ne soit pas en adéquation avec le système de prise de vue qu’est la Blackmagic. En ce sens, ces paramètres sont très justement pensés et limitent grandement le problème du « Mais-qu’est-ce-que-c’est-que-cette-image-on-a-encore-dû-oublier-une-fonction-obscure-cachée-dans-un-sous-menu-de-sous-menu ». Même la gestion de l’ouverture, indispensable avec des objectifs EF dont la gestion est électronique, est possible. Soit en automatique, par une simple pression du bouton Iris, soit par l’utilisation des boutons « Précédent » et « Suivant » en bas de l’écran. Seul bémol, la valeur d’ouverture ne semble pas être affichée sur le retour moniteur et l’on ne dispose pas de filtres de Neutre de densité.

À noter comme le faisait très aimablement remarquer Mr Blackmagic, que la société est très à l’écoute des retours utilisateurs et qu’ils proposeront des mises à jour Firmware qui pourraient compenser ces problèmes (une Mise à jour est d’ailleurs déjà sortie, avant même que les caméras ne soient déjà livrées…).

Matériellement, la caméra a étonnamment une bonne prise en main. Elle ferait un bon camescope pour les 80 ans de Grand-Mamie, il y a même de quoi mettre une sangle pour vous balader avec votre joujou autour du cou. En revanche pour une utilisation un peu plus sérieuse, il va de soi que ce boîtier rectangulaire ne suffit pas et qu’il doit être accessoirisé. Si vous êtes un utilisateur de DSLR de longue date (ce qui est quand même la principale cible de cette caméra), cela ne devrait pas poser de problèmes. Vos rigs devraient être parfaitement adaptables. Si ce n’est pas le cas, de nombreuses solutions sont proposées à des prix variables tout autour du web. La bonne idée est de proposer 3 pas de vis sur le sommet de la caméra, ce qui vous laisse amplement de quoi brancher, un micro, une minette et un retour moniteur. La solidité des pas de vis a l’air très bonne.

Je me questionne toujours sur la pertinence des deux prises jack 6,35 sur le côté de la caméra. Les micros DSLR sont soit en 2,5, soit en 3,5, je ne connais pas beaucoup de systèmes de prise de sons broadcast qui soit en 6,35. Il faudra donc prévoir sans doute des adaptateurs pour pallier à ce problème. De même, la sortie SDI qui semble en apparence être une bonne idée, n’est pas accompagnée d’une prise HDMI, pourtant très utile ne serait-ce que pour brancher un moniteur, ou un Electronic ViewFinder. Si vous n’êtes pas équipé d’éléments avec connectiques SDI, vos accessoires ne seront pas compatibles.

Une catégorie d’équipements devrait cependant connaître son heure de gloire avec la Blackmagic Cinema Caméra : celle des batteries externes. La caméra présente une batterie intégrée non-amovible. Ce qui ne serait pas embêtant si l’autonomie suivait derrière. C’est loin d’être le cas. C’est même catastrophique. 90 minutes de fonctionnement pour cette petite caméra. De quoi enrager sur un tournage d’une journée en extérieur. Je suis étonné de voir à quel point les tests déjà proposés sur la toile ne font pas mention de cette limitation. La solution est d’adjoindre à la caméra une batterie externe de type bebob pour augmenter significativement la durée d’enregistrement via un adaptateur 12V. Le problème? Ces batteries coûtent souvent très très cher.

En revanche, dans un tout autre registre, la véritable bonne idée est l’intégration d’un SSD standard comme support d’enregistrement. La mise en place et la sortie des SSD est tellement simple et naturelle qu’elle ne devrait pas paralyser votre tournage plus de 10 secondes pour du Data Management. La standardisation des SSD utilisés permet de les brancher sur n’importe quel dock de bureau ou de les insérer dans un rack pour votre station de travail. Et ça, ça simplifie grandement la vie je trouve. Les débits de transferts sont très impressionnants, dévider et archiver les rushes est un jeu d’enfant plié en quelques minutes. D’autant plus que la caméra permet la personnalisation des métadonnées, directement depuis l’interface tactile.

Enfin, et ce sera le dernier point de la prise en main. On parle beaucoup du crop factor de la caméra. Comparé à un plein format, les focales des optiques utilisées sont multipliées par 2,3. Notre 16-35 se transforme en 36,8-80,5. L’utilisation de grand-angle est donc ultra-limité. À l’usage, cette limitation est finalement peu perceptible. Elle se rapproche d’un camescope broadcast de type P2. On est quand même rarement handicapé. Alors évidemment pour la réalisation de paysage ou des tournages en espace restreints, cela s’avère compliqué. Mais pour le reste un temps d’adaptation est juste nécessaire. À noter que la monture MFT, qui permet d’adapter un plus grand nombre d’objectifs (quasi la totalité du marché) ne propose qu’un crop factor de 2 et dispose d’un réglage de l’iris manuel, ce qui, pour tous les amoureux des bagues de diaphragme comme moi, constitue véritablement un plus.

Pour conclure, cette caméra semble être un coup d’essai réussi de la part de Blackmagic. Mais elle reste un coup d’essai. C’est à dire que l’on retrouve quelques aberrations comme la présence de jacks 6,35 ou d’un SDI non accompagné d’un HDMI, une autonomie désastreuse. Rien qui ne soit réparable par l’utilisation d’accessoires déjà sur le marché, à condition d’y mettre le prix. Mais le pari est réussi par la très haute qualité d’image qui semble en résulter. Mieux vaut ça que l’inverse : une caméra à l’ergonomie fascinante mais à la qualité d’image calamiteuse. Rien ne pourrait réparer ça. Pour 3000€ (nue), cette caméra demeure donc sans équivalence avec de nombreux avantages face à ses concurrents DSLR, qui nous font rapidement oublier les petits tracas ergonomiques.

Merci encore à Blackmagic, Video Plus France, et Atreid pour les longues discussions et prises en main autour de la caméra sur le salon du SATIS.

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4 Comments »

  1. Bon, je vais encore faire chier, mais la phrase « Rien qui ne soit non-réparable… » est assez douteuse (Double-négation Power !!!)….
    (Allez-y, traitez moi de Nazi !!!)

  2. Moi je l’ai testée juste en début de cette année. Et en plus des aberrations citées, j’ai un soucis sur le fait de pas avoir le retour vidéo quand on rentre dans le menu à moins de disposer d’un moniteur externe. A mon avis on doit pouvoir contrôler en temps réel ses réglages.

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